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Mercredi 1 juin 2005

 

FIER D’ETRE EUROPEEN ET VOTER NON

 

 


V

 

oter oui, à la constitution européenne, paraît évident pour tout européen sensé qu’il soit. Pourtant, je suis aussi un européen convaincu, et je  crois personnellement que la France a besoin de l’Europe pour exister, pour s’adapter aux nouvelles règles du marché et aux données internationales. Comme l’Europe a besoin de la France, du fait de son histoire dans la construction européenne et aussi de son modèle  social économique spécifique, envié par  grand nombre des nouveaux pays intégrés.

 

Voter oui, c’est le choix qui semble évident étant donné que chacun des deux grands partis français s’est prononcé en faveur de la constitution européenne. Voter non, signifierait tomber dans les extrémismes de gauche et de droite, condamnables car souvent prônant des politiques sociales irréalistes et des politiques économiques dangereuses. Sans tomber dans ces extrêmes, je suis contre cette constitution énoncée, tout en étant attaché au libéralisme, et à l’idée chère à Ricardo du libre échange.

 

 Alors pourquoi voter non et vouloir une autre constitution européenne ?

 

La constitution actuelle nécessite d’être revue et plus particulièrement sur les points suivants:

 

-défense et politique : une primauté de l’OTAN, sur toute défense européenne commune. Avec ce principe, les Etats-Unis prennent contrôle de l’embryon de défense européenne, en étant le principal contributeur de cette organisation militaire. De là, découle évidemment, une absence future de politique étrangère européenne, car comment faire respecter les choix voulus par les Européens, sans avoir une défense propre à l’Europe. Le ministre des affaires étrangères, si tant est, qu’ils puissent faire cesser les divergences européennes, comme lors de la guerre en Irak, ne devient alors qu’une vitrine politique et qu’un leurre.

 

-politique : le vote à majorité qualifiée généralisée, qui empêche la France de s’opposer aux décisions. Les 13% de vote au conseil paraissent petits comparés aux 17% allemands. La Turquie, avec sa démographie galopante, et prochain pays, à être intégré, malgré l’opposition de la majeure partie des français, détiendra un plus grand poids que la France. Prôner qu’il y aura un vote sur l’intégration de la Turquie, est encore une tromperie ou un (beau) rêve. En effet, la commission européenne, a décidé d’ouvrir les négociations, quoiqu’il arrive, le 3 octobre 2005 en vue de son intégration. Monsieur Erdogan, premier ministre de la Turquie, a signé l’acte final de la constitution européenne le 29/10/04.

Les partisans de Monsieur Sarkozy, les Hollandistes, ou les partisans de François Bayrou pourront toujours claironner.

 

La directive Bolkestein,  va dans le sens de la concurrence. Tony Blair, prochain président du conseil européen, pendant deux ans grâce à la future constitution, a affirmé qu’il userait de son influence en faveur de la directive Bolkestein. Voici un de ses extraits lors d’une déclaration à la chambre des Communes: «  par chance, la décision ultime sera prise à la majorité qualifiée... avoir retiré cette directive, comme certains le souhaitaient, aurait été une grave erreur pour l'économie européenne. » 

La France ne pourra pas mettre son veto.

 

-la charte des droits fondamentaux : Les principes fondamentaux doivent être retravaillés. L'article II, 69 est relatif au mariage et à la famille. L’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme, comme tous les textes internationaux traitant de la question, indique « A partir de l’âge nubile, l’homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l’exercice de ce droit ».La Charte a préféré la rédaction : « Le droit de se marier et le droit de fonder une famille sont garantis selon les lois nationales qui en régissent l’exercice. » Le lobby homosexuel, en vue de l’autorisation du mariage entre personnes de même sexe, a sûrement poussé pour la rédaction d'un tel article.

 

Concernant l'égalité juridique, l'article II, 83 énonce que « le principe de l’égalité n’interdit pas le maintien ou l’adoption de mesures prévoyant des avantages spécifiques en faveur du “sexe sous-représenté”. Cet article autorise en réalité des discriminations positives par conséquent négatives pour d'autres.

 

-économie: une totale indépendance de la banque centrale. Quelle grave erreur que de conventionner cette indépendance, puisqu’il  est impossible de diriger l’Union européenne, sans prendre en compte les spécificités économiques de chaque pays.

 

La banque centrale européenne (BCE),  continue à ne pas se servir du levier monétaire, et à garder les taux d’intérêt élevés qui empêche toute reprise de la croissance en France, ainsi qu’en Allemagne. Jean-Paul Fitoussi et Patrick Artus, deux économistes français respectés, en sont convaincus. Qu’on se souvienne des difficultés récentes récurrentes avec notre taux de chômage de 10%, et notre croissance à 2%. La dépendance de la Fed américaine vis à vis du gouvernement américain, est à ce titre un exemple à suivre, en matière d’efficacité économique.

 

La concurrence est au cœur de la constitution, à tel point qu’aucune harmonisation fiscale n’est prévue. Le dilemme de la France, sera alors de favoriser à son insu, les délocalisations en gardant son régime fiscal, ou de faire plonger sa dette, en s’alignant fiscalement sur ses partenaires européens.

 

Finalement, la constitution européenne nécessite d’être révisée : cette constitution longue de 480 pages et complexe pour décourager les plus tenaces, doit être clarifiée. Elle doit donner une base solide pour l’Union européenne et pour la France. Autrement, La situation future de l’Europe, fera l’affaire de ses opposants. Une Europe qui n’a jamais réussi à définir ses frontières géographiques ou historiques, incapable de se faire entendre d’une seule voix, et de se doter des moyens de ses objectifs d’intégration. Elle sera alors une puissance commerciale, mais hélas une Europe sans poids politique.

 

La constitution européenne doit donner une base solide pour l’Union européenne et pour la France : une banque centrale soucieuse de la croissance économique européenne, une défense européenne indépendante de l’OTAN, un poids accru de la France dans les décisions européennes, une charte des droits fondamentaux qui énonce des valeurs claires, honnêtes, et donnent des vrais points de repère à la société française et européenne actuelle.

 

Ce référendum est une chance pour rectifier la constitution et donner des bases solides à l’Europe. Saisissons-là ! La dernière fois que le peuple français a pu s’exprimer sur l’Europe, c’était en 1992 pour le traité de Maastricht. Treize ans après, nous avons à voter non.

 

Don Quichotte

Par Quichotte
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